Jardinage au naturel

Engrais de récupération

A une époque où tout s’achète, est-il encore possible de fertiliser gratuitement son jardin ?

 

Oui, à condition de pratiquer le « détournement de déchets » et de rétablir le cycle normal des éléments nutritifs, qui doit aboutir au sol et non au dépôt d’ordures.

Le premier acte de récupération accompli par le jardinier est la fabrication du compost à partir des déchets ménagers et des résidus de récolte (voir le f02 des Quatre saisons). Le compost est le « plat de résistance » des légumes du jardin, mais il est possible d’améliorer cet ordinaire, et sans frais:

Voulez-vous leur donner plus d’azote ? Pensez à la laine des chiffons ou des vieux matelas. Est-ce de phosphore ou de potasse qu’ils manquent ? Faites provision de cendres de bois. Poui stimuler la vie du sol, récupérez 1e5 marcs (fruits, café). Pour obtenir dc meilleures fraises et asperges, donnez. vous la peine de casser deux ou troi kilos de plâtras.

Les marcs de fruits

Le marc, c’est ce qui reste quand on a extrait le jus des fruits (pommes, poires, raisins, etc…). Il comprend la peau, les pépins et une partie de la pulpe.

Dans les régions buveuses de cidre, où la fabrication de cette boisson se fait encore à la maison, l’automne voit apparaître de petits tas de marc sur le pas de chaque porte.
Ce marc est de plus en plus souvent mis aux ordures.

Composition
Le marc de pommes contient surtout de l’eau et des glucides (ou hydrates de carbone) cellulose, sucres, pectine, etc… Il est relativement pauvre en éléments minéraux (voir tableau).

Utilisation
Les marcs de pommes et de poires constituent l’engrais naturel des vergers. Celui de raisins doit retourner, en bonne justice, dans les vignes. Il conviendrait particulièrement à la fertilisation du figuier.

De par leur richesse en glucides, les marcs sont un aliment énergétique de chdix pour les microorganismes du sol. Mais cette activité microbienne produit, dans la couche superficielle du sol, du gaz carbonique et des acides organiques, ce qui ajoute à l’acidité naturelle des marcs. Trop d’acidité est nocif pour la végétation : il faut donc corriger cc défaut en apportant en même temps des cendres de bois (riches en chaux, elles relèvent le pli du sol).

Les marcs peuvent être utilisés de deux façons
– en épandage direct sous les arbres, mélangés à des cendres, au moment de la chute des feuilles;
– comme constituants du compost, mélangés à des matériaux secs et additionnés de cendres ou de lithothamne.

Le marc de café

Non, il ne sert pas qu’à lire l’avenir… Produit en grandes quantités pa les usines de café soluble, il remplace de plus en plus le fumier de cheval dans les champignonnières de Saumur. Il paraît qu’il fermente aussi bien (la caféine stimulerait-elle aussi les microorganismes ?).

Le marc de café sert aussi d’additif pour les aliments du bétail, mais comme il est interdit en France pour cet usage, on l’exporte en Angleterre…

C’est aussi un excellent çombustible, qui permet aux usines de café de fonctionner en circuit fermé (nouvelle utilisation de la biomasse, sous forme de « pétrole brun »

– cellulose 79 % -‘huiles 12 % protéines 7 % (soit azote 1,3 %)
– cendres 1 ,
– sucres . … 0,5 % – caféine …… 0,02 %

Le marc issu de notre « petit noir » quotidien est aussi un engrais organique intéressant. Sa structure poreuse en fait un améliorant de la structure du sol (comme la tourbe et le terreau). a composition chimique – proche de celle du fumier – est idéale pour le compostage (le rapport carbone/azote est d’environ 35; voir à ce sujet le n° 2 des Quatre saisons)

La suie

Les cheminées fonctionnent un peu comme un alambic : la fumée provenant de la combustion du bois ou du charbon, chaude au départ, se refroidit au cours de son trajet dans le conduit. Certaines substances se condensent alors sur les parois, essentiellement des goudrons Ce dépôt brun-noir, pulvérulent et odorant, est la suie. Chaque ramonage en produit de grandes quantités.

Nous n’avons aucune donnée sur la suie de mazout, aussi tout ce que nous allons dire concerne la suie de bois et de charbon.

Composition
La suie contient des goudrons. Les goudrons issus de la combustion du bois contiennent de la créosote (principe actif, répulsif des insectes le gaïacol). Ceux provenant de là houille contiennent du phénol, qui a la même odeur que la créosote.
La teneur de la suie en minéraux (azote et potasse, surtout) est assez élevée.

Utilisation
La suie est, depuis longtemps, un engrais réputé. Selon un vieux manuel d’agriculture « elle vaut, pour l’effet, presque le double des cendres de bois ». Il est vrai que sa composition est bien équilibrée. Au jardin, appliquez-la en particulier aux oignons, aux rosiers et à votre prairie (la suie ferait disparaître la mousse) à raison de 0,2 à 0,4 litre/m2, de préférence au printemps, et en solution dans l’eau d’arrosage.

La suie convient mieux aux terres non argileuses. e par sa teneur en créosote, elle possède aussi un pouvoir insectifuge(voir dans le prochain n° l’article sur la mouche de la carotte).

Les cendres

L’arbre et l’arbuste jouent un rôle irremplaçable dans le cycle des éléments fertilisants. Eux seuls’ sont capables de puiser dans les profondeurs du sol des minéraux comme le phosphore, le potassium, le calcium, etc… Après un séjour plus ou moins long dans les tissus vivants de l’arbre, ces éléments rejoignent la couche superficielle du sol, où ils peuvent être utilisés par les autres plantes. Chaque feuille morte qui tombe, chaque branche qui s’abat est une image de la phase descendante du cycle.

Par la combustion, les sels minéraux présents dans les végétaux se trouvent libérés très rapidement, sous forme de cendres. Cette accélération du cycle est utilisée par les agriculteurs qui pratiquent les cultures itinérantes sur brûlis (Afrique, Antilles, etc…).
Dans notre pays, les cendres constituent (avec la suie) un des sous-produits du chauffage au bois,

La composition des cendres est très variable et elle dépend

– des espèces brûlées : certaines « plantes pionnières », croissant en sol très pauvre, comme les fougères ou les genêts, fixent beaucoup de phosphore et de potassium;

– du sol où elle ont poussé;
– de l’état du bois : pourri, mouillé, etc…
– du… livre qui donne les résultats

Les constituants essentiels des cendres sont : le potassium, le phosphore et le calcium. Il y a aussi du magnésium, de la silice et toute la gamme des oligo-éléments (fer, zinc, cuivre, etc…). Tous ces éléments se présentent sous forme de sels minéraux plus ou moins solubles, en particulier de carbonates.

Utilisation
Les cendres constituent un engrais phospho-potassique très riche. Par ailleurs, elles améliorent les sols trop acides, car elles sont riches en sels de chaux. Elles conviennent particulièrement aux terrains argileux et aux climats humides.

Leur effet est très durable, ce qui fait que les cendres sont recommandées comme fumure de plantation des arbres fruitiers.
Les cendres de bois peuvent servir à la fertilisation (le nombreuses cultures du jardin : légumineuses (haricot, pois, fève, lentille), pomme de terre, topinambour, épinard, tomate, artichaut, oignon, asperge, ;fraisier et, bien sûr, herbe et engrais verts.

Dose environ 0,5 litre/m2: application lors du bêchage.

La laine et les plumes

Ne jetez plus la poubelle vos vieilles chaussettes (pure laine, bien sûr), ni vos vieux matelas (sauf ceux ressorts, évidemment).
La laine, matière noble et douilette, est aussi un engrais excellent, de même que les plumes, que celles-ci proviennent de votre basse-cour, d’un vieil édredron ou de chez le volailler du quartier.

Composition
La laine et les plumes (comme tous les phanères ongles, cheveux, etc…) sont des matières organiques constituées essentiellement dc protéines soufrées. Ces matériaux sont donc particulièrement riches en azote et en sou ftc (d’où l’odeur de « cochon brûlé » i ta combustion).

Utilisation
La laine-engrais est une découverte relativement récente dans l’histoire agricole, et le premier document qui la mcntione date dc 1820 (Journal d’agriculture du Royaume des Pays-Bas)

« Nous avons remarqué que les chiffons de laine, haillons, etc., que nous jetions autrefois dans les rues, pouvaient tenir lieu du meilleur engrais, que ces mêmes chiffons étaient les trésors les plus précieux que l’on pût découvrir en faveur de l’agriculture. Il est résulté des expériences faites, que ce nouvel engrais est le plus fort et le meilleur de tous nos engrais; qu’il est propre à tous les sols, mais qu’il fait meilleur effet dans les terres fortes que dans les légères; que les récoltes qui en proviennent ne se distinguent pas seulement par leur qualité, mais aussi par leur quantité; qu’il est aussi de plus de durée ou que ses effets se prolongent beaucoup plus longtemps que ceux des meilleurs fumiers, et qu’enfin il y a économie dans son emploi. »

Les chiffons de laine doivent être
• déchirés (plutôt que découpés) avant usage; cela favorise leur attaque par les microorganismes. Une certaine humidité est indispensable pour obtenir une bonne décomposition.

La laine est enfouie dans le sol au moment du bêchage, ou bien à la plantation (pomme de terre, arbres). Elle réussit bien aux cultures suivantes
– pomme de terre, arbres fruitiers (spécialement ceux qui manquent de vigueur, et agrumes), crucifères (choux), houblon. Comme son effet est durable (environ 5 ans), elle convient aux plantes vivaces. La dose à appliquer est d’environ 300 g/m2.

Le mode d’emploi des plumes est identique à celui de la laine.

Les plâtras

Il ne faut pas confondre plâtre et plâtras. Le plâtre est issu du gypse par simple cuisson. Il est pulvérulent.
Les plâtras sont des morceaux de plâtre ayant servi à la construction ils se présentent sous forme dc blocs.
Le premier est très peu utilisé en horticulture, et seul le deuxième est issu de la récupération Composition

Les plâtras sont constitués essentiellement de sulfate de calcium recombiné à de l’eau. Lorsqu’ils sont issus de la démolition d’étables, bergeries ou porcheries, ils contiennent en plus du salpêtre. Ce salpêtre, qui est un nitrate de calcium, de potassium ou de magnésium, provient de la transformation par voie microbienne de l’ammoniac dégagé par le fumier, ou bien du sol, d’où il est monté par capillarité dans le mur.

Utilisation
Les paysans iraniens, qui détruisent et reconstruisent leur cuisine fréquemment, épandent les gravats (riches en salpêtre) sur leur champs de pavot.
Chez nous, les plâtras présumés riches en salpêtre seront de préférence appliqués aux cultures appréciant l’azote nitrique : chou et autres crucifères, bette, épinard, oseille, etc. Cette fertilisation, quoique issue d’un phénomène naturel, est dc type soluble (comme les nitrates de synthèse). Les doses apportées sont, malgré tout, faibles; les risques d’excès le sont aussi.
Le plus grand intérêt des plâtras réside dans la présence simultanée du calcium et du soufre. lis conviennent bien aux cultures qui ont besoin de beaucoup de calcium tout en poussant mieux en sol acide ou neutre (le plâtre, contrairement aux autres apports de calcium, influe peu sur le pH du sol), ainsi qu’aux plantes parfumées.

En pratique, vous les appliquerez aux fraisiers, framboisiers et asperges, à la dose de 2 kg/are. Evitez de nourrir de plâtras vos légumineuses à graines (haricots, pois). Cet engrais leur convient bien, mais il donne des grains un peu « durs à cuire ».
Epandez les plâtras au début de l’hiver sous forme de cailloux (obtenus en cassant les gros blocs à la massette). L’action successive de la pluie et du gel produit le délitage des plâtras, qui sont progressivement rendus assimilables.
En plus de son action directe, le plâtre améliore la disponibilité des réserves de potasse du sol pour la plante.,
Par ailleurs, appliqué dans le tas de compost, il diminuerait les pertes d’azote en fixant l’amoniac qui se dégage.

JEAN-PAUL TUOREZ

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